Un toboggan et une sculpture, y a-t-il une différence ?

Par Ksenia Milicevic – Musée de Peinture de Saint-Frajou

Un dimanche ensoleillé. Les cafés sur la place sont combles. Dans le petit jardin qui jouxte la place, les enfants jouent. Deux points d’attraction dans le jardin, un toboggan et une sculpture. Le toboggan est en bois, un typique toboggan. La sculpture est en pierre lisse, elle représente une femme assise, les bras étirés, tenant un enfant. Celui qui a placé cette sculpture dans ce lieu a dû penser que le sujet s’y prête. Le toboggan et la sculpture sont placés côte à côte, au milieu du jardin. Les enfants se laissent glisser indistinctement sur l’un ou sur l’autre. Les parents attendris devant les exploits des petits ne réalisent même pas l’incongruité de la situation. Influencés probablement par l’esprit qui règne actuellement, où tout se vaut, par l’art contemporain où un objet n’est déterminé que par son emplacement, car effectivement si on place le toboggan dans une galerie d’art il serait une sculpture, donc la sculpture dans le jardin est un toboggan. Ou bien adeptes de la participation physique des spectateurs avec l’œuvre d’art, ou simplement indifférents dans l’ambiance dominante de l’indistinction totale ?
La question se pose, si les parents sont devenus incapables de voir et expliquer aux enfants la différence de rapport entre un toboggan et une sculpture, pour ceux-ci ce qu’on nommait l’art ne sera plus qu’un amusement, un moment de distraction entre un hamburger et une glace.

L’œuvre d’art demande l’attention, la concentration, la distanciation, qui en retour développent ces facultés qui permettront l’acquisition des capacités de discernement, de réflexion et de jugement.

C’est justement à partir de la petite enfance que le futur adulte doit commencer à se familiariser avec les œuvres d’art et à la distinction des espaces de jeux et de contemplation. L’art soi-disant participatif relie l’homme physiquement à l’œuvre ; donc extérieurement. Seule la matière de l’œuvre est ainsi accessible, laissant le spectateur en dehors du sens qu’elle pourrait transmettre, (si elle le transmet). Le spectateur reste ainsi collé de soi à soi, sans aucune distanciation et comme dans le mythe de la Genèse d’Hésiode, rien n’advient, et tout reste stérile.

 

 

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